Actualité à la Hune

Volvo Ocean Race

Une étape à quatre temps

Dans cette nouvelle chronique, je vais essayer de vous faire partager cette huitième étape de la Volvo Ocean Race. Je n’insisterai pas trop sur son déroulement sportif, que tout le monde pouvait suivre facilement via le site de la course et son «tracker» (cartographie de la flotte) ainsi que sur les réseaux sociaux. Je veux juste revenir sur quatre moments clés de cette manche entre Atlantique Sud et Atlantique Nord.
  • Publié le : 14/05/2018 - 15:30

Nicolas LunvenN'ayant pas disputé la 7e étape entre Auckland et Itajai, notre chroniqueur Nicolas Lunven a retrouvé le bord de Turn the Tide on Plastic lors de cette 8e manche en Atlantique.Photo @ James Blake/Volvo Ocean Race

Naviguer en tête fait du bien !

Nous avons quitté Itajaí et longé la côte brésilienne au louvoyage dans un vent médium (10-15 nœuds) assez variable, avec pas de mal de nuages et de grains apportant leurs lots de bascules imprévisibles. À ce petit jeu, nous nous en sommes plutôt bien sortis et nous étions en tête jusqu’au pot au noir. Même si le résultat final est assez décevant, surtout après ce beau début de course, cela nous a quand même fait du bien de naviguer en tête de flotte pendant quelques jours.
Lors de cette remontée le long du Brésil, nous avons traversé des zones de recherche de pétrole et de gaz. Impressionnant de voir autant de navires de travail dans une zone assez restreinte, située à la remontée du plateau continental. Il a fallu parfois slalomer de très près entre tous ces bateaux.

Pétole BrésilSur cette copie d’écran issue du logiciel Adrena, on voit les zones rouges qui étaient carrément interdites à la navigation.Photo @ Adrena

Alerte aux sargasses

Une fois partis du Brésil, nous avons traversé le pot au noir sans grande difficulté : à cette longitude et à cette époque de l’année il n’est généralement pas très coriace. Après l’avoir fois franchi, nous avons eu à faire à un tout autre ennemi : entre la Transat AG2R-La Mondiale et la Volvo Ocean Race, les sargasses commencent à être connues ! Ces algues représentent une véritable galère pour les figaristes de la transat : à la vitesse d’un Figaro, elles restent très facilement accrochées dans la quille et les safrans. Il en va différemment sur les Volvo 65, car nous avons eu la chance de traverser toute cette zone infestée à une vingtaine de nœuds de moyenne et, à cette vitesse, les algues ne restent pas facilement dans nos appendices. Cependant ces sargasses sont bien un véritable fléau ! D’après ce que j’ai pu comprendre, elles proviennent principalement du fleuve Amazone : à cause de la déforestation massive, les eaux de pluie sont drainées plus facilement jusqu’à la mer et transportent avec elles des nutriments (phosphates, nitrates…) non désirables et issus de l’agriculture intensive. Tout cela génère un environnement favorable au développement de ces algues qui remontent ensuite vers la mer des Antilles, portées par le courant Nord équatorial : une catastrophe pour les Antilles, qui voient leurs plages paradisiaques souillées par ces nappes d’algues venant s’y échouer et dégageant ensuite une odeur d’œuf pourri…

SargassesGrâce aux satellites nous pouvons désormais avoir une vue des sargasses depuis l’espace : triste constat sur cette image qui englobe le Nord-Est de l’Amérique du Sud et l’arc antillais (en haut à gauche).Photo @ DR

Le Gulf Stream et ses effets

En continuant notre remontée de l’Atlantique Nord, nous nous approchons petit à petit du Gulf Stream. J’en entends parler depuis mon plus jeune âge, mais pour nous, Européens, ce Gulf Stream n’a rien de concret. Il nous apporte, selon les dires, un courant d’eau chaude traversant l’Atlantique et nous permet d’avoir un climat privilégié sur les côtes Ouest de l’Hexagone. Mais en réalité, on ne le visualise pas du tout !

De l’autre côté de l’Atlantique, il en est tout autrement. Nous avons eu l’occasion de le franchir durant cette étape : on traverse une bande de courant large d’environ 30 à 50 milles et qui porte vers l’Est-Nord-Est à 5-6 nœuds ! L’eau du Gulf Stream est à environ 22-23 °C, mais dès que l’on en sort, on tombe dans une sorte de «contre-courant» venant de Saint-Pierre-et-Miquelon et portant au Sud-Ouest. La vitesse de ce dernier courant est assez faible. En revanche, la température de l’eau tombe à 8 °C en seulement deux ou trois heures ! Changement de décor : qui dit eau froide en cette période de l’année où le climat se radoucit, dit forcément brouillard !

Gulf StreamCette carte illustre bien le Gulf Stream et le contre-courant associé.Photo @ Capture d"écran logiciel Adrena

Newport La Mecque !

L’approche de Newport s’est donc faite dans un brouillard à couper au couteau et du vent très faible. Une fois de plus, nous avons assisté à un regroupement de toute la flotte à l’entrée de la rivière de Newport, les premiers tombant dans la pétole et butant contre le courant tandis que leurs poursuivants arrivaient à combler leur retard et tentaient leur chance avec une tactique différente. À ce petit jeu, nous n’avons pas été bien servis puisque nous terminons 6es, à seulement quelques dizaines de minutes de Mapfre, vainqueur de cette étape et dont l’équipage a été le plus malin sur cette fin de parcours.

Place à la découverte de Newport, Mecque de la voile aux États-Unis, notamment avec une forte histoire liée à la Coupe de l’America. D’ailleurs, la rue principale de cette ville porte le nom d’America’s Cup Road. Les magasins affichent presque tous des posters de la course dans leurs vitrines, les gens nous reconnaissent et nous interpellent dans la rue, on y croise des 12 mJI, ou des bateaux comme Rambler 88, ce dernier s’y trouve actuellement en chantier… Bref, Newport est bien La Mecque de la voile de la côte Est !

NewportÀ Newport, dans l’état de Rhode Island, la vie s’articule autour de la voile en général et de la Coupe de l’America en particulier. Douze éditions de celle-ci s’y sont déroulées de 1930 à 1983 ! Photo @ Nicolas Lunven

Volvo Ocean Race 2018-2019

Classement de la 8e étape Itajai-Newport (5 700 milles)

1. Mapfre (Xabi Fernandez) 15 jours 17 heures 44 minutes et 29 secondes
2. Team Brunel (Bouwe Bekking) à 1’01’’
3. Vestas 11th Hour Racing (Charlie Enright) à 14’35’’
4. Dongfeng Race Team (Charles Caudrelier) à 40’52’’
5. Team AkzoNobel (Simeon Tienpont) à 1 h 36’
6. Turn the Tide on Plastic (Dee Caffari) à 1 h 39’
7. 
Sun Hung Kai/Scallywag (David Witt), à 3 h 12'

Classement général après 8 étapes

1. Mapfre : 53 points
2. Dongfeng Race Team : 50 points
3. Team Brunel : 42 points
4. Team AkzoNobel : 36 points
5. Vestas 11th Hour Racing : 28 points
6. Sun Hung Kai/Scallywag : 27 points
7. Turn the Tide on Plastic : 22 points

Le départ de la 9e étape entre Newport (Etats-Unis) et Cardiff (Pays de Galles) sera donné le mardi 22 mai 2018.

Turn the Tide On PlasticAu fur et à mesure des étapes, le petit Poucet de cette édition progresse. Turn the Tide on Plastic occupa longtemps la tête de la flotte lors de la dernière étape avant de se classer 6e victime, perdant des places précieuses dans la pétole des dernières heures. Photo @ James Blake/Volvo Ocean Race