Actualité à la Hune

RECORD DE L'ATLANTIQUE NORD

«Quand ça paraît facile, c’est que c’est beau !»

C'est l’année des records pour Thomas Coville qui six mois après avoir réalisé un incroyable tour du monde en solitaire en 49 jours détrône aussi Francis Joyon sur l’Atlantique Nord en 4 jours, 11 heures, 10 minutes et 23 secondes. Arrivé dimanche après-midi dans son port d'attache de la Trinité-sur-Mer, Thomas Coville, est revenu avec nous sur son nouvel exploit.
  • Publié le : 17/07/2017 - 12:30

Arrivée Sodebo Ultim" TrinitéSodebo Ultim' arrivant à la Trinité-sur-Mer après une traversée de l'Atlantique Nord express.  Photo @ Loïc Madeline

Voilesetvoiliers.com : On a une impression de facilité incroyable pour un record incroyable... À l’arrivée de ton tour du monde, tu étais beaucoup plus marqué !
Thomas Coville : Ça n’a rien à voir avec le tour du monde, je n’étais pas du tout dans le même état d’esprit. J’étais beaucoup plus dans le relâchement, dans l’intuition, dans la sensation. Je ne me suis pas tellement posé de questions, même pour les changements de voile. C’était une conversation très régulière et très juste avec Jean-Luc (Nélias, son routeur ndlr) mais j’ai dépassé les chiffres, j’ai dépassé la théorie, les enregistrements qu’on a depuis des années pour être dans la sensation, ce qui est très agréable : plus ça va, plus tu te fais confiance, plus tu es dans quelque chose de fluide. Mais cela, tu peux le jouer sur quatre jours, pas sur 49 jours.

Thomas Coville recordLa joie est grande pour Thomas Coville qui signe ici son deuxième record en six mois. Photo @ Loïc Madeline

Voilesetvoiliers.com : Tu ne t’étais pas fixé d’objectifs ?
T.C : Quand je suis parti, je ne m’étais pas mis une barre. Je ne m’étais pas dit, il faut que je le fasse en moins de cinq jours. Par contre en février, quand je décide de faire ce record, je suis plus dans le calcul : je me dis qu’avec cette génération de bateaux il faut le tenter et que nous n’irons pas tous les jours du côté de New York. Ce n’était pas super populaire quand j’ai demandé à l’équipe technique de modifier le bateau pour le passer de The Bridge (en équipage, ndlr) au solitaire. Pour la logistique, New York, ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple. Il fallait avoir le matériel et que l’équipe installe le pilote… Nous avions aussi cassé des choses sur The Bridge, donc il y avait des réparations à faire, à commencer par un safran. J’ai cassé l’autre sur le record, j’ai donc dû réparer ce qui fait quatre heures perdues mais même quand cela est arrivé, j’étais beaucoup plus dans l’acceptation. Je m’offrais le luxe de le faire, pour une fois, avec un peu plus de relâchement mais pas de distance car ça demande une concentration de psychopathe. Tu es complètement imprégné du truc !

Thomas Coville et Jean-Luc NéliasThomas Coville et Jean-Luc Nélias, le routeur de tous les records.  Photo @ Loïc Madeline

Voilesetvoiliers.com : Quand as-tu rencontré ton problème de safran ?
T.C : Assez vite, au niveau des bancs de Nantucket. J’ai touché aussi un requin dans le safran central et un bidon; je l’ai vu rester collé mais dans le safran bâbord; il a fallu que je fasse une marche arrière, donc commencer par affaler avant de reculer. Et j’ai dû me positionner à l’arrière du flotteur pour vérifier si le système qui règle l’incidence du safran était OK. Ce n’était pas cassé, mais ça tient à peu de chose, tout le système de barre en dépend. Je ne me suis pas affolé. Je me disais : « si ça touche c’est que ça doit toucher et ça tu n'y es pour rien. »
J’ai poussé beaucoup plus fort en termes de vol, et à l’arrivée ça donne une moyenne de 28,35 nœuds sur quatre jours ! J’ai même dépassé mon record des 24 heures avec un tronçon à 716 milles pendant la traversée. Et je ne cherchais pas cela, j’étais vraiment sur la trajectoire de mon record.

Voilesetvoiliers.com : Tu as battu le record de plus de 15 heures, c’est énorme ! On a franchi une marche ?
T.C : Ce n’est pas si étonnant. Les bateaux le permettent et aujourd’hui on pousse plus fort. Et puis j’ai un pilote incroyable ! On a travaillé 10 ans dessus avec Alexis (Avelin, ndlr) du coup je suis super en confiance et j’ose des choses. C’est un bateau très éclectique, qui me ressemble ; il n’a pas de très grosses forces et il n’a pas de trous. C’est un bateau très puissant mais très maniable, très facile et très très sain. Jamais je n’ai fait un planté sévère avec ce bateau même sur le tour du monde et ça, c’est fantastique. Ce qui était compliqué en revanche, c’était que nous cherchions le meilleur VMG au portant, avec grand gennaker et grand-voile haute tout le temps et ça c’est dur avec ces grands bateaux d’être toujours au maximum de la toile au-dessus de 30 nœuds.

Thomas Coville à la TrinitéLe Trinitain Thomas Coville accueilli par le public venu en nombre pour célébrer son exploit. Photo @ Loïc Madeline

Voilesetvoiliers.com : C’était dur physiquement ?
T.C : Oui parce que souvent tu es à 30-35 nœuds mais avec deux ris et J3 ou un ris/J3 (petit foc de brise, ndlr) et dans ce cas, le centre de gravité descend très vite. Le fait de porter toute la toile, comme je l'ai fait ici, sollicite beaucoup plus le bateau et le bonhomme. Je suis content d’avoir rallongé les flotteurs, d’avoir mis les foils là où ils sont, et d’avoir des plans porteurs à l’arrière, c’est un ensemble qui fait que nous avons une super plateforme. Le prochain bateau sera différent la plateforme sera plus engagée, plus marquée mais je n’aurais pas pu commencer avec elle.

Voilesetvoiliers.com : Tu as eu de la chance de disposer d’une aussi bonne fenêtre météo si tôt après l’arrivée de The Bridge...
T.C : J’aurais préféré que ce soit un peu plus tard pour récupérer un peu plus ! Par contre dans le timing c’est idéal pour préparer la Transat Jacques Vabre : on a plus de temps. Je vais faire un gros debrief de ma transat et puis nous allons modifier un peu les incidences des foils avec de nouveaux calages, faire un check complet du bateau. Surtout, nous attendons un nouveau gennaker plus typé descente, plus grand, avec un point d’écoute plus bas. 

Voilesetvoiliers.com : Pourquoi a-t-on l’impression que tu as battu facilement ce record ?
T.C : Ça avait l’air facile vu de l’extérieur et quand ça paraît facile, c’est que c’est beau. Comme la trace est belle. Quand tu écoutes de la musique et que ça sonne bien tu crois que c’est facile mais il y a énormément de travail derrière. Il y a aussi le record du tour du monde qui m’a servi mentalement : tu te fais un peu plus confiance.