Actualité à la Hune

TOUR VOILE 2018

Oui, le Tour de France à la Voile a bien 40 ans !

Une trentaine de Diam 24 sont attendus à Dunkerque le 6 juillet pour le 41e Tour Voile avec pour destination de Nice. Nouvelle appellation – «Tour Voile» remplace «Tour de France à la Voile» -, nouveau format de course ramené à 17 jours… L’épreuve hexagonale, qui fête ses 40 ans n’a plus grand-chose à voir avec la 1re édition mais a plus que jamais le vent en poupe. Elle mérite enfin de voir un grand partenaire associé à son nom – en bon français, ce qu’on appelle le naming, ou tout simplement parrainage. Et comme disait une pub… car elle le vaut bien !
  • Publié le : 01/06/2018 - 10:45

Écume de MerLes Écume de Mer sur le canal du Midi en 1978. Une image d’un autre temps… Photo @ D.R

Ce 6 juillet 1978 à Dunkerque, vingt Écume de Mer flambants neufs ornés d’une fine bande bleu-blanc-rouge genre avion de chasse, tirent sur leurs amarres dans le bassin, au cœur de la cité natale de Jean Bart. Ils mesurent huit mètres, ne portent que des noms de villes, de départements ou de régions, et vont prendre le départ du premier Tour de France à la Voile. Les équipages sont pour la plupart étudiants. Beaucoup débutent la régate mais sont encadrés par des moniteurs de voile et régatiers en IOR. Bernard Decré qui a eu cette idée géniale porte presque toujours un pantalon blanc impeccable, le blazer et la cravate club. Il est sympa en diable, «papa gâteau», paternaliste… mais omniprésent. Rien ne l’arrête ! Cinq jours avant le départ, aucune des 200 voiles n’a encore été livrées, mais Decré ne dévoile rien de cet ultime coup de stress, car il veille sur ses ouailles du matin au soir, et surtout du soir au matin. Le parking ressemble à une caravane de cirque itinérant. L’on dort surtout dans les bateaux chargés ras la gueule d’avitaillement, mais d’abord conçus pour la croisière. On fait de la voile d’accord… mais aussi beaucoup la fête ! Certains tenanciers de bars se souviennent encore 40 ans plus tard du passage des premiers TFV… La route vers Menton s’avère longue, le transfert entre Atlantique et Méditerranée s’effectuant par le Canal du Midi et ses 110 écluses à franchir. À Menton, un tout jeune équipage marseillais mené par François Pailloux, brillant «gamin» aux cheveux bouclés, remporte le 1er TFV… La légende est en marche et va attirer le gotha de la voile sur de nombreux monotypes de Desjoyeaux à Cammas, consacrant notamment le Dunkerquois Bertrand Pacé, de loin le recordman avec ses huit victoires !

40 ans plus tard…

Conférence de presse TVLes skippers du Tour Voile 2018 présents jeudi 31 mai à Paris pour la présentation officielle. Photo @ Hervé Tarrieu/ASO

Partant le 6 juillet 2018 – pile quarante ans plus tard –, l’épreuve n’a plus rien à voir, si ce n’est la ville de départ… Dunkerque, de nouveau ! Les régatiers armant aujourd’hui les Diam 24 n’étaient même pas nés à l’époque, et n’ont pas dû croiser souvent l’Ecume construit par le chantier Mallard à La Rochelle. Pas sûr que le nom de ce croiseur mythique leur parle, pas plus que le First 30 ou le Rush Royale qui lui a succédé. Le parking a beau avoir un air de ruche, on dort à l’hôtel deux étoiles ou dans un appart loué sur le Web. On ne passe plus les nuits au rappel ou à la bannette mais dans une camionnette, au volant ou assoupi sur la banquette, tractant le trimaran vers la prochaine étape. Pour sa quatrième participation, le plan VPLP de 24 pieds est largement à maturité. Beaucoup rêvent d’un multi à foils qui vole, mais il faut bien reconnaître qu’à part opter pour l’Easy to Fly (beaucoup plus cher), il va falloir sans doute encore un peu patienter. Le niveau est terriblement monté en quelques années. Les laborieuses séances de montage-démontage sont désormais une course de Meccano contre la montre, et les manches incroyablement disputées. De Dunkerque à Nice, via Dieppe, Barneville-Carteret, Baden, Gruissan et Hyères, les journées vont être longues et les nuits courtes.

Il faut aider Tahiti !

Team Fondation FDJ Des Pieds et des Mains, menée par Damien Seguin et Damien Iehl, impressionnants vainqueurs l’an dernier, ne remet pas son titre en jeu cette année. Damien Seguin vient d’acquérir le 60 pieds IMOCA Comme un seul homme d’Éric Bellion (premier bizuth du dernier Vendée Globe) et prépare la Route du Rhum et le prochain Vendée Globe sur son nouveau jouet baptisé APICIL. À ce jour, son dauphin de l’an dernier, Trésors de Tahiti, skippé par le talentueux Teva Plichart, n’est toujours pas inscrit. Absents lors de la présentation officielle de l’épreuve le jeudi 31 mai à Paris, les Tahitiens ont pourtant un bateau et un jeu de voiles neufs, sont affûtés, prêts et déjà en métropole. 

Trésors de Tahiti Trésors de Tahiti cherche encore a boucler son budget pour participer au Tour 2018.Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Emmanuel Versace ne tourne pas autour du pot. «Ça va être chaud pour cette année, mais on y croit encore. Nous espérions pouvoir boucler notre financement auprès des collectivités locales, mais ça s’est avéré très compliqué. Nous avions le budget soit pour faire l’avant-saison et arriver prêts, soit pour arriver sur le Tour Voile mais pas prêts. Nous avons opté pour la première solution, espérant que la situation allait se décanter» explique le manager de l’équipe, un rien dépité, et qui rappelle que Trésors de Tahiti a eu les plus belles retombées médiatiques en 2017. L’équipage le plus chaleureux du Tour cherche donc d’urgence un co-sponsor apportant 80 000 euros pour boucler son budget, s’apprête à arriver à Dunkerque le couteau entre les dents. Avis aux amateurs ! (*). Quant à SFS (Sofian Bouvet), en tête une majeure partie du Tour 2017 avant de finir 4e, il devait initialement repartir, cette fois avec le quadruple champion du monde de Nacra 17 Billy Besson. Mais il a jeté l’éponge et s’est retiré de tout sponsoring voile… Il semble en graves difficultés financières.

Beijaflore en favori !

Beijaflore, le trimaran bleu marine et blanc mené par Valentin Bellet, et un «commando» de champions du monde de cata de sport et de 470 – Guillaume Pirouelle, Valentin Sipan et Julien Villion – a survolé la première partie de saison. L’équipage est le même que l’an dernier, à l’exception du Néo-Zélandais Jason Saunders, qui prépare les JO de Tokyo en Nacra 17 et ne disputera pas le Tour cette année. Troisième l’an dernier, cet équipage coaché par Pierre Mas, ancien double vainqueur du TFV à bord du Sélection Sète-Languedoc Roussillon il y a trente ans, est logiquement favori. «Le niveau est vraiment monté d’un cran encore cette saison. Tout le monde a énormément progressé et je suis frappé de constater que certaines équipes ne cessent de naviguer et font toutes les régates – et pas uniquement les grands rendez-vous. Outre une pléiade de jeunes qui arrivent, qui sont talentueux et très affûtés physiquement, il y a une dizaine d’équipages techniquement au top et qui s’investissent de plus en plus, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant, analyse Pierre Mas. On a dominé, c’est vrai, la première partie de saison, mais ces résultats ne reflètent ni la difficulté à s’imposer, ni le fait que les courses se jouent généralement dans le dernier bord de la dernière manche ! L’édition 2018 sera très serrée et je vois sept ou huit bateaux susceptibles de l’emporter.»

Beijaflore et LorinaBeijaflore et Lorina-Golfe du Morbihan sont clairement les deux favoris de cette édition des 40 ans.Photo @ Jacques Vapillon/Trophée Guyader

Un format plus court et donc plus dense

Le Tour Voile version 2018 est raccourci et va se disputer sur deux grosses semaines contre trois auparavant. La plupart des équipes ont plébiscité les évolutions souhaitées par Jean-Baptiste Durier, patron du Tour et Christophe Gaumont, directeur de course, réputés pour tenir compte du retour des coureurs. Au jeu des pronostics, on peut citer sans se tromper, outre Beijaflore, a priori les deux Lorina Golfe du Morbihan 1 et 2, menés respectivement par Solune Robert, Riwan Perron et Quentin Delapierre – Matthieu Salomon, le co-skipper étant parti régater sur d’autres supports notamment en TP52, Cheminées Poujoulat (Bernard Stamm et Jean-Christophe Mourniac), Team Oman Sail 1 (Olivier Douillard et Steve Morrison), Vivacar.fr (Matthieu Souben) ou encore Team Réseau Ixio (Robin Follin et Sandro Lacan), en grande forme en ce moment. Quant à CER 2 Ville de Genève (Victor Casas et Laurane Mettraux), il est impressionnant dans le petit temps… Enfin, difficile de ne pas avoir un coup de cœur pour Maisons France Confort, skippé par Basile Bourgnon, dont on dit qu’il est aussi précoce et brillant que Laurent, son regretté père.

Tour VoileL’an dernier, il a fallu attendre la dernière journée à Nice pour connaître le podium. Photo @ Jean-Marie Liot/ASO
(*) Contact : manu@versace-sailing-management.com