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Le Marin - Martinique

Transquadra 2012 : tronches de vainqueurs

Solo, double, Atlantique, Méditerranée : quatre classements pour une course qui ne ressemble à aucune autre, dont le niveau et le rythme vont croissant ! Rencontres avec les vainqueurs en Martinique.
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  • Publié le : 16/02/2012 - 00:01

Par Frédéric Augendre, participant à la Transquadra, 28e sur 51 au Marin (Martinique) sur Buenavista avec Joël Plissonneau.

Les derniers concurrents de la Transquadra, dont quatre sous gréement de fortune, rallient au compte-goutte la Martinique. Cette édition 2011-2012 de la transatlantique réservée aux amateurs de 40 ans et plus aura été marquée par une météo changeante, un alizé capricieux corsé de grains violents et d'une mer croisée. Le rythme de course était singulièrement élevé, la plupart n'étaient pas venus enfiler les perles, il a y a eu des surfs fous, de la casse, des coups de mou spectaculaire et des performances de haut vol.

A l'arrivée, cela peut aussi se résumer par un palmarès. Celui de la Transquadra peut être compliqué à lire, car pour mieux ouvrir la course aux Méditerranées, les organisateurs avaient organisé un départ de Barcelone, en parallèle de celui de Saint-Nazaire. Il y a un classement Atlantique et un classement Méditerranée, des concurrents en solo,  d'autres en double, et, entre la première étape et la deuxième, les bateaux restent six mois au sec à Madère pour permettre aux participants de répartir l'épreuve sur deux années ces vacances d'un genre bien particulier.

Cela dit, derrière un palmarès, il y a des histoires humaines. Galerie de vainqueurs, sous réserve d'un classement officiel en temps compensé non publié à l'heure où nous mettons en ligne.

Transquadra 2012 : Philippe VicariotLa Transquadra n'est peut-être pas la plus relevée des compétitions disputées par Philippe Vicariot, mais il y trouve largement son compte, et sur tous les plans.Photo @ François Van Malleghem / TransquadraClassement Solo Atlantique
Philippe Vicariot - JPK 1010 Swinhoe

Voilà qui s'apparente à une démonstration. En juillet, Philippe Vicariot sur son JPK 1010 Swinhoe avait claqué en temps réel et compensé l'étape Saint-Nazaire/Porto Santo avec près de deux heures d'avance sur Jean Baptiste L'Ollivier (Archambault 31). Il s'est fait brûler la politesse entre Madère et Le Marin par Jean-François Hamon, la révélation de cette Transquadra qui, sur la route Sud abattu des moyennes hallucinantes avec son Sun Fast 3200 Festa. Mais il lui a concédé six minutes à peine, et au total de deux étapes la victoire est sans bavure.

Vicariot n'est certes pas n'importe qui. Neuf solitaires du Figaro au compteur, une Transat Ag2r avec Erwan Tabarly (victoire dans la 2e étape) et une victoire dans la Mini-Transat 1989, voici plus de vingt ans, l'homme a du métier. C'est quelqu'un qui sait ce que préparer une course en solitaire veut dire : il avait embarqué quatre pilotes (dont le petit Autohelm de cockpit qui avait tenu la barre dans la Mini !), ce qui a bluffé quelques-uns de ses rivaux. Il se sait capable «de tomber un spi de manière contrôlée par 35 à 40 noeuds de vent», n'est «pas sûr que tout le monde puisse en faire autant». C'est le genre de compétence qui permet d'être à bloc tout le temps, c'est à dire le spi en l'air quelques soient les conditions. En quinze jours de transat, Vicariot n'a navigué que deux heures sous foc.

Il ne fait pas le malin pour autant, constate que sur cette course, «il ne fallait pas s'endormir», au vu des «quatre-cinq mecs avec lesquels il y avait du match». Vicariot pense à des coureurs comme Hamon, mais aussi comme Alexandre Peraud, aimable colosse qui a mené un train d'enfer avec un JOD 35 (le bateau du Tour de France à la voile des années 90) et en a impressionné plus d'un. «Celui-là, il aurait eu un autre bateau, on aurait eu du mal.»

Avec son avance de la première étape et une grande confiance dans sa vitesse, Philippe Vicariot n'a pas souhaité marquer ses adversaires, ne voulant pas «se laisser emmener n'importe où». «Nos bateaux ne sont pas assez rapides, dit-il, pour contourner les phénomènes météo». Sur une route plutôt Nord, il a su se recaler à temps lorsque le vent s'est effondré sur la route directe, par de petits coups vers le Sud lorsque, grâce à une bascule de vent momentanée, «cela ne pénalisait pas trop».

Sa course impressionne, forcément ; lui parle de l'ambiance, des relations humaines, de son bonheur des échanges «avec les gens rencontrés ici». En voulant se remettre à la compétition, il s'était demandé que faire, Mini, Figaro, ou Transquadra. La troisième option s'est imposée, car c'était la seule où la famille prenait sa place : après la course, Swinhoe partira en croisière dans les îles, et plus tard en saison, Vicariot pourra courir en équipage avec ses garçons. Et c'était finalement la bonne pioche : l'ambiance Transquadra l'a «changé d'air». Plus conviviale, plus chaleureuse, moins prise de tête ?


Transquadra 2012 : Luc Fourichon et Gérard QuenotOn n'attendait pas forcément un président des Glénans (Luc Fourichon, barbu au winch) en vainqueur de la Transquadra. Dans la vraie vie, son pote (Gérard Quenot, barbu à la barre) est seulement moustachu.Photo @ François Van Malleghem / TransquadraDouble, Atlantique
Luc Fourichon et Gérard Quenot - JPK 1010 Nauti-stock.com / Segula Technologies

Luc Fourichon est cadre chez Renault, directeur depuis peu d'une unité de production roumaine, Gérard Quenot est directeur du service client d'Heuliez Bus. Ils se sont connus voici vingt ans dans les régates corpos de l'industrie automobile, qui les ont vus s'opposer en finale du championnat de France, avant de devenir potes.

Luc est «un pur produit du Centre nautique des Glénans», il y a commencé la voile à quinze ans, a suivi le cursus moniteur, formateur de moniteurs, il a présidé le club de 2009 jusqu'en avril dernier et son déménagement en Roumanie. Pas vraiment le profil type du régatier a priori, mais, si on y regarde de plus près, il bouffe de l'écoute depuis plus de vingt ans. Lorsque Gérard, propriétaire de Nauti-stock.com, a voulu courir la Transquadra, il a pensé à Luc pour sa complémentarité. «Il a plus d'expérience que moi en hauturier, en météo, en sécurité. Moi je suis plus pointu dans ce qui concerne la connaissance de la jauge IRC, le choix du bateau (un JPK 1010), son optimisation, son équipement, la technique pure.»

Dans la première semaine de cette deuxième étape, ils ont mangé leur pain noir sur l'option Sud, descendant jusqu'à la 47e place du classement scratch. Ils ont passé beaucoup de temps à la table à cartes à l'annonce de la période de molle, ont fini par délimiter un couloir météo assez étroit «permettant d'éviter le très mou du Nord et le mou du Sud». Ils y ont enchaîné les empannages, jusqu'à 10 ou 12 dans la même nuit, changeant d'amures comme en régate à la moindre adonnante, se lâchant jusqu'à empanner en solo quand le copain dormait. C'est ainsi qu'ils sont sortis en deuxième place de cette zone de transition. «Après, c'était tout droit, de la vitesse», et ils se sont crachés dans les pognes comme il fallait.

Déchirer très vite le grand spi leur a appris «à être moins présomptueux devant les grains», mais ils n'ont pas lâché l'affaire pour autant, passant dans les conditions difficiles à la configuration «code 5 (spi asymétrique) tangonné, un régal d'équilibre pour le bateau.»

Vainqueurs en compensé de la deuxième étape avec un peu moins d'une heure sur l'équipage hispano-français Jésus Pinto-Grégoire Lemière (sur A31), ils s'imposent sur le total de la course et le bain forcé auquel les ont contraint une poignée de concurrents bien allumés ne les a pas fait redescendre «d'un petit nuage». «En nous inscrivant à la Transquadra, on espérait finir dans les dix, mais gagner, non, on n'y pensait pas.»


Transquadra 2012 : Frédéric PonsenardFrédéric Ponsenard pense que Coco, son Archambault 35, est un bateau féminin. Sinon, la nuit, il navigue avec un… «spyjama» !Photo @ François Van Malleghem / TransquadraSolo, Méditerranée
Frédéric Ponsenard - A35 Coco

Trois ans plus tôt, pour sa première Transquadra, Frédéric Ponsenard avait «subi». Il avait voulu régler et mener son bateau comme en équipage, «mais non» : «L'A35 en solo, faut toujours rester sous-toilé». Le skipper de Coco pense qu'il y a «des bateaux masculins, et d'autres féminins». L'Archambault 35 relève du deuxième groupe, «il faut lui parler comme à une femme, naviguer dans la fluidité». Au dessus de 20 noeuds de vent, Frédéric passe sous spi lourd de capelage, les 15 mètres carrés supplémentaires du grand spi de tête n'apportant pas de surcroit de vitesse décisif. Le spi lourd est son «spyjama» qui lui permet de passer des nuits tranquilles. Mais, de temps en temps, faut «affaler pour vérifier la drisse».

Pour avoir négligé un soir, par paresse, cette précaution qu'il jugeait pourtant élémentaire, il a retrouvé son spi à l'eau. Privé de drisse de capelage, à 500 milles et trois jours de l'arrivée, il a tenté d'établir son spi lourd sur la drisse de tête, c'était n'importe quoi, «je me retrouvais avec un string trois mètres devant le bateau». Le génois tangonné ? «Cela met énormément de compression sur le tangon, j'ai commencé à arracher le rail sur le mât.» Il a tenté le grand spi, s'est pris un grain copieux dans la foulée, a frôlé le désastre, s'est dit qu'il fallait mieux ménager cette voile pour les vents faibles en approche de la Martinique.

Ponsenard était «en colère» contre lui-même, car ce pour quoi il se battait, c'était un podium au scratch, solitaires d'Atlantique et de Méditerranée confondus. Puis il s'est calmé, a compris qu'il pouvait encore sauver sa quatrième place, «j'ai fait raisonnable».

Au classement Méditerranée, Frédéric Ponsenard a gagné les deux étapes, sa victoire est sans bavure, il n'en fait pas un plat. «Nous n'étions que quatre solitaires au départ de Barcelone, faut quand même pas s'enflammer. On a failli être sept, ça commençait à faire une course.» Et malgré tout, lorsqu'on vit et qu'on navigue à Antibes, préparer un départ en Méditerranée est plus simple (et bien moins cher) que de monter son bateau en camion à Saint-Nazaire. Ponsenard espère seulement réussir à susciter des vocations par chez lui, d'ici la prochaine édition dans trois ans.


Transquadra 2012 : Blandine Médecin et Jean RodelatoBlandine Médecin et Jean Rodelato arrivent tout heureux au Marin. Et pourtant, ils ne savent pas encore qu'ils viennent de gagner la Transquadra !Photo @ François Van Malleghem / TransquadraDouble, Méditerranée
Blandine Médecin et Jean Rodelato - Sun Fast 3200 Williwaw

C'est le couple de la Transquadra. Les monégasques Blandine Médecin et Jean Rodelato s'étaient imposés en juillet entre Barcelone et Porto Santo, sur leur Sun Fast 3200 Williwaw. Ils laissent la deuxième étape au JPK 1010 des frères Dupont (Art Immobilier Construction), mais gardent la victoire au général.

Ils ont vécu cette deuxième traversée dans la douleur, comme tous ceux qui n'avaient suffisamment bossé le chapitre pilote automatique, et se retrouvaient enchaînés à tour de rôle à la barre. Lorsque c'était chaud, ils dormaient dans le cockpit. Blandine avait amené une chemise de nuit, elle l'a gardée cinq jours sous le ciré.

Un jour, ils se sont crus dans une belle impasse à l'empannage, Blandine luttant comme une folle à l'avant avec le tangon tandis que Jean, la barre dans les fesses, et une écoute dans chaque main, essayait de garder le bateau en ligne en se demandant comment il pourrait l'aider, et où l'affaire allait se terminer. A côté de cela, ils gardent des souvenirs magiques, un arc-en-ciel de lune («On ignorait que cela existait, mais on était deux sur le pont, ce n'était pas une hallucination»), des rencontres avec les animaux marins.

Ils adorent naviguer ensemble, en redemandent, aimeraient fédérer d'autres équipages méditerranéens pour inscrire le double au programme de plus de courses, parlent maintenant, en plus du programme hauturier avec leur Williwaw, d'essayer la régate en cata de sport. Pour continuer par d'autres moyens à courir à deux et à fond.
 

Palmarès de la Transquadra 2011-2012

Solo Atlantique (au départ de Saint Nazaire, 25 engagés).
1. Swinhoe (JPK 1010), Philippe Vicariot, 20j 15h 52' 26''
2. Festa (Sunfast 3200), Jean François Hamon, à 4h 21' 25''
3. Baleineblanche.fr (A31), Jean Baptiste L'Ollivier, 18h 44' 21''

Double Atlantique (52 engagés).
1. Nauti-stock.com (JPK 1010), Gérard Quenot & Luc Fourichon, 20j 2h 46' 17''
2. Victoria (A31), Jesus Pinto (Esp) & Grégoire Le Mière, à 51' 28''
3. Night & Day (JPK 960), Pascal Loison & Nicolas Pasternak, 4 h 30' 01''

Solo Méditerrannée (au départ de Barcelone, 4 engagés).
1. Coco (A35), Frédéric Ponsenard, 25j 01h 39' 30''
2. Boulinou (Maxi 1050), à 1j 08h 00' 50''
3. Hector (A35), Jean Pierre Ferraud, 1j 14h 28' 35''

Double Méditerranée (22 engagés).
1. Williwaw (Sunfast 3200), Blandine Médecin (Mon) & Jean Rodelato (Mon), 23j 18h 09' 53''
2. Scheggia (Sunfast 3200), Nino Marolo (Ita) & Andrea Caracci (Ita), à 2h 54' 56''
3. Art Immobilier Construction (JPK 1010), Daniel & Jean François Dupont, 3h 39' 37''

 

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Le site de la Transquadra est ici

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Vos commentaires

    • à transmettre à Frédéric Ponsenard, svp : Bravo Frédéric, L'Archambault 35 est forcément un bateau féminin, elle doit donc t'être reconnaissante d'être si bien skippée par toi jusqu'à la victoire. Et puis quelle pêche quand même ! Pas fatigué à l'arrivée, commentaires plaisants, fête d'emblée, aussi à l'aise en l'air, sur mer ou sur terre en conditions festives, bravo ! Merci ! Encore ! Amicalement, Pascal CARRÉ - pasc.carre@orange.fr

      Ajouté par Pascal CARRÉ le 05/03/2012 - 00:00