Actualité à la Hune

Bénéteau achète Seascape et avale Delphia

L’ourson slovène dans la besace de la World Company

L’info courait depuis quelques semaines sur les pontons. Elle est maintenant officielle. Le groupe Bénéteau a pris une participation majoritaire dans le constructeur slovène Seascape. Il ne s’agit pas du rachat d’un groupe en difficulté. Pas de la prise de contrôle d’un concurrent pour absorber ses parts de marché. Non, mais bien d’un mouvement stratégique de la part du numéro un mondial pour aller chercher une nouvelle clientèle, pus jeune, plus branchée, plus fun.
  • Publié le : 12/07/2018 - 20:01

L’ourson slovène dans la besace de la World CompanyLe Seascape 24, élu European Yacht of the Year en 2017. L’image d’une nouvelle gamme de petit First ?Photo @ DR-Seascape

Car l’histoire de Seascape, c’est celle de deux anciens concurrents de la Mini-Transat, Andraž Mihelin et Kristian Hajnšek, qui décident de lancer un tout petit bateau avec l’aide d’un autre camarade de mini, l’architecte Sam Manuard. C’est ainsi que le Seascape 18 est né. Un dayboat de 5,50, comme un gros dériveur avec une petite cabine permettant de s’allonger à deux.

Le bateau est très réussi, il plane très vite, peut beacher grâce à sa dérive pivotante et son gréement tout carbone est à la fois simple et efficace. Il remporte d’ailleurs, dès son lancement en 2010, le prix European Yacht of the Year dans la catégorie des Special Yachts.

Quelques années plus tard, c’est au tour du Seascape 24 de recevoir la même distinction. Et le soir-même de la remise des prix, le tout nouveau directeur général de Bénéteau, Hervé Gastinel, rencontre entre deux petits fours les fondateurs de la marque. Au delà des félicitations d’usage (Bénéteau a remporté la catégorie des croiseurs de luxe avec son Océanis 62 yacht), c’est de ce soir de janvier 2017 qu’il faut dater la prise de contact entre les deux sociétés.

Un sympathique bol d’air frais

Pour le géant français du nautisme, la petite marque slovène a réussi à créer des produits originaux qui ont renouvelé l’offre dans les petites tailles et sur un segment, celui du petit-croiseur-sportif-transportable, qui paraissait bien encombré. Bénéteau n’a guère qu’un voilier (presque) transportable à son catalogue et il s’agit de l’indémodable First 20 dont les versions successives prolongent une carrière exceptionnelle mais qui n’a plus depuis belle lurette l’attrait de la nouveauté.

L’ourson slovène dans la besace de la World CompanyAndraz (à gauche) et Kristian, les deux fondateurs de Seascape, dont le destin est maintenant uni à celui du groupe Bénéteau. Comme quoi, la Mini-Transat, ça mène à tout.Photo @ DR-Seascape

L’apport de ces nouveaux bateaux est donc perçu comme un sympathique bol d’air frais, en direct des montagnes de Slovénie. Coté slovène justement, l’arrivée de Bénéteau présente aussi des avantages : Andraž et Kristian ont démontré leur capacité à imaginer et à développer de nouveaux bateaux mais ont logiquement tâtonné pour trouver les bonnes méthodes de production.

Le lancement du Seascape 27 a ainsi failli tourner vinaigre pour la petite entreprise qui y a laissé quelques plumes. Le savoir-faire en termes de standardisation, de logistique et de production du groupe français pourra permettre de faire face à une demande que l’on imagine en hausse avec la puissance de vente du réseau international de Bénéteau.

Le cas de Delphia est différent puisque le constructeur polonais travaille, lui, depuis longtemps avec le groupe Bénéteau en qualité de sous-traitant. Nombre de petit bateaux à moteur (surtout les hors-bords) mais aussi des voiliers (les Jeanneau Sun 200 et 2500 mais aussi le Sun Fast 3200) sont ou ont été produits en Pologne. Et l’achat de Delphia (qui nécessitera encore l’aval des administrations concernées) permet d’augmenter rapidement les capacités de production du groupe.

Ici encore le rapprochement devait être dans les tuyaux depuis quelques temps déjà puisque le croiseur d’entrée de gamme de Jeanneau, le Sun Odyssey 319 présenté lors du dernier Grand pavois de La Rochelle, sortait du même moule que le Delphia 31. Ainsi le rachat de Delphia, dont l’annonce est concomitante avec celui de Seascape, pourrait permettre de produire en Pologne pour le compte d’un groupe français des bateaux conçus en Slovénie. La World Company, on vous dit.

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